Aujourd'hui nous sommes le 29 mars. Je le sais. Oui, pour une fois je connais la date du jour. Mais j'ai triché, c'était gravé dans ma tête : jour d'examen. Aujourd'hui c'est jour de bideug. J'ai dormi jusqu'à huit heures et je m'étais couchée tôt. Les deux épreuves d'allemand puis d'anglais n'ont duré chacune qu'une heure. Alors, pourquoi sui-je si fatiguée? Bonne question. Mes muscles sont las et ma tête lourde. Pourtant si c'est une fatigue physique elle est uniquement due à mon alimentation d'ado en chagrin d'amour : maltesers et mentos fruités au menu. Héh! Oui, pas très original. Mais ça change du Yop super protéiné avec des chamalows 0%matière non sucrée! Dans mes petites boules ovales de chocolat au lait malté pas de protéines mais tout ce qu'il faut pour devenir une vieille fille un peu obèse, quoique le chocolat a des vertus aphrodisiaques non négligeables! Mais d'où vient donc cette fatigue qui me plombe. Mes cernes se ternissent de violet, je sens mes yeux dévorés par l'air toxique de Paris. J'ai peur de regarder les gens et de passer pour une droguée. Droguée de quoi d'ailleurs? Ma seule addiction c'est lui. Enfin c'était lui. Et là je suis en cure de désintoxication, mais j'ai rechuté. J'ai tapé son numéro au week-end fatal de Pâques. Le courant fou des neutrons a emporté grâce à leur vile complice SFR toute ma fierté. Je lui ai tout dit, du mensonge au je t'aime... sans avoir même vu la honte ni la haine. Mais voilà une semaine plus tard il n'a toujours pas rappelé. Mes vieux amis, la colère et la tristesse reviennent au galop. Mais le pire, celui que je pensais avoir vaincu, mis au placard, définitivement pulvérisé : le doute m'a assailli. Il m'a attrapée par les veines. Il s'est tout de suite précipité vers l'unité centrale. Le traître a souillé mes artères et pris en otage ma pompe à sang. Le trajet, c'est certain doit être la cause de mon mal de c½ur. Les chocolats et les mentos n'ont en fait rien à voir là-dedans... Le seul vrai problème : il ne m'aime pas.
Pourtant mon oreille l'a entendu bafouiller. Le réseau a admirablement capté sa voix gênée. Une voix d'amoureux indécis. Ou bien c'était le froid...Ou bien sa boule de shit qui le faisait trembler d'extase. En fait c'était certainement son ego trop heureux qui le perturbait. L'amour de soi peut sans doute être confondu avec l'amour pour moi. Sitôt compris j'appelle mon grand ami l'imperturbable rockeur de 19 ans à la rescousse. Le vieux sage trop embourbé dans ses histoires de c½ur me motive pour rappeler l'insouciant porc-épic. Je réessaie, quelques bipes la première fois puis directement le répondeur. Je traduis : « moi pas vouloir parler à toi. » Encore une fois peu de mérite, c'était assez évident. Sans doute même un devin de carnaval me l'aurait prédis. Dur à encaisser. Je plaide coupable j'avais un peu espéré. Et puis les gouttes transparentes ont envahis mes joues. Sans permis elles ont glissé sur les arrondis. La trace salée est invisible. Invisible comme lui. Comme son numéro sur l'écran pourri de mon Nokia. Personne ne l'a vue. Personne sauf elle. Elle c'est mon amie Laeti'. La presque-aussi-grande-que-moi qui connaît bien l'histoire. J'ai cru que les larmes allaient de nouveau couler. Elle m'a dit de l'oublier. Elle m'a rappelé que j'avais après tout déjà réussi avant. Elle m'a prise dans ses bras et elle a transformé en phrases le désordre de toutes mes pensées. Elles, empilées dans un cafarnaum improbable me suppliaient de les écouter. Toutes ces prises de conscience m'ont vraiment mis le moral à zéro. Et pour arranger le tout j'ai compris que je piétinais sur l'espace vital du vieux de 19 ans et que le grand lunetté du métro Passy trouvait que je ne me prenais 'pas pour de la merde'. Journée complète. La mélancolie me nargue, mais se laisser aller est bien trop facile pour une warrior qui ne se prend 'pas pour de la merde'. Alors j'écris pour ne pas avoir l'impression d'avoir perdu ma journée. Sans doute aussi comme expiatoire de toute mon incompréhension.